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Le culte de la fin de l’homme, début de l’humanité

Selon les paléoanthropologues, il est un événement fondamental qui distingue les premiers hominidés des grands singes. L’homme est reconnu comme tel dès lors qu’il est avéré qu’il commence à enterrer ses congénères, ce que ne font pas les simiens. Ainsi pour les scientifiques, l’épopée de l’homme débute par sa fin, la fin de sa vie ritualisée par le culte d’enterrement des morts, culte mis en scène par les survivants.

Ce culte se concrétise le plus souvent par la mise en terre du mort avec des objets rituels qui selon les différentes croyances l’aident à passer vers « l’outre monde », le monde des ombres. Le culte des morts témoigne de la volonté de l’être humain de s’arracher du règne animal pour inscrire quelque chose de lui au-delà de sa propre vie et faire perdurer son passage ici-bas, dans un autre monde, dans un au-delà ou dans l’éternité.

Ce retour à la terre marque la pourriture du corps et le blanchiment des os. Grâce aux paléoanthropologues qui mettent à jour leur sépulture, les ossements de ces premiers hominidés sont les témoins de leurs croyances, au sens propre comme au sens figuré, et font de l’éternité de ces témoins notre présent.

La momification égyptienne, début de l’éternité

Avec les pyramides, les égyptiens poussent le culte des morts à l’extrême. Selon leurs croyances, lorsque l’âme d’un défunt n’est pas fixée dans un tombeau et alimentée par des offrandes, elle erre jusqu’à devenir malfaisante. Pour que l’âme ne soit pas errante, il lui faut une demeure. Le repos du défunt évite le tourment des vivants et garantit en retour le repos de ces derniers. La sépulture devient un monument imposant destiné à perdurer plusieurs millénaires. Bâtie sur un plan carré qui symbolise la terre, la pyramide, quadruplement triangulaire, s’élève en un point unique vers le ciel, plus particulièrement vers la lumière des étoiles. Par un conduit ad hoc cette lumière des étoiles vient éclairer la chambre mortuaire, selon de savants calculs.

De récents travaux de recherche ont en effet montré que les étoiles du baudrier d’Orion éclairaient la chambre mortuaire du roi et de la reine à Gizeh selon certaines positions symboliques. Orion est associée à Osiris, dieu de la mort et de l’outre-monde pour les égyptiens. Le mort momifié est installé dans une construction monumentale quasi inviolable, accompagné d’objets quotidiens destinés à l’aider à traverser la mort éternelle, sans tourmenter le repos des survivants avec son âme errante…

Le requiem, culte du repos éternel et de la lumière perpétuelle

Le culte des morts égyptien conjugue “repos“ et “lumière“ avec “éternité“ tout comme le requiem, rituel funèbre des chrétiens et plus particulièrement des catholiques, tel que nous allons maintenant le voir.

« Requiem aeternam dona eis, Domine,

Et lux perpetua luceat eis. » 

Accorde-leur, Seigneur, le repos éternel,

Et que pour eux la lumière brille sans déclin.

C’est par ces paroles en latin que commençait la messe des morts du rite catholique romain, tel qu’il s’est exercé durant environ sept siècles, jusqu’à ce que Vatican II y mette un terme en 1965. Parce que c’est le tout premier mot du rituel catholique des morts, celui-ci se nomme “requiem“.

Les paroles du requiem catholique tirent leur origine d’un ouvrage juif non biblique écrit en araméen, le 4° livre d’Esdras, ouvrage déclaré apocryphe (non canonique) par le pape Gélase au 5° s. ap. JC. Son auteur, Esdras, était prêtre à la cour du roi de Perse Artaxerxès aux alentours de la fin du 1° s. ap. JC. L’ouvrage subsiste en entier en latin, en syriaque, en arabe, en éthiopien, et en arménien. Quelques fragments existent encore en grec. On voit, par ses origines, à quel point le requiem des occidentaux est redevables des écrits orientaux…

Ces multiples traductions illustrent l’aspect universel de ce texte et son succès, particulièrement auprès des premiers chrétiens. Le rituel du requiem se stabilise pour atteindre sa forme définitive aux environs du 13° siècle, forme particulièrement marquée par la séquence centrale, le fameux “Dies irae“. Le Dies irae, allégorie flamboyante du jugement dernier, s’appuie sur la littérature apocalyptique.

Voici la traduction des premiers vers de cette séquence que nous analyserons ultérieurement sous l’angle du collapse, l’effondrement du monde actuel (mais cette vidéo permet d’avoir un petit aperçu du sens réactualisé des ces vers) :

Le requiem, une musique des morts pour les vivants

Le requiem a été mis en musique plus de 2000 fois (selon les historiens en musicologie) tant pour accompagner de façon habituelle le rite funèbre catholique que pour devenir une œuvre artistique en soi, déconnectée du rituel religieux, du fait de la fascination qu’il engendre auprès des compositeurs de musique.

De fait, le requiem a atteint le statut d’œuvre artistique musicale à part entière qui ne se réfère plus systématiquement à un contexte religieux.

Tout le monde connait les plus célèbres, comme les requiem de Mozart ou de Fauré. D’autres, moins connus ont été composés pour des raisons bien différentes de celles du culte des morts. Citons en exemple le “War requiem“ de Benjamin Britten, composée en 1962, pour dénoncer les horreurs de la deuxième guerre mondiale ; plus récemment, le “Tchernobyl requiem“ de Bruno Letort, composé en 2006 pour commémorer le 20° anniversaire de la catastrophe nucléaire ukrainienne. Prémonition du « Requiem pour les temps futurs » ?…

« Requiem aeternam, et lux perpetua »

Requiem aeternam, et lux perpetua. Qu’enseignent ces notions de “repos éternel“, et de “lumière perpétuelle“ ? Pourquoi associer “repos“ et “lumière“ ? “Eternité“ et “perpétuité“, ne sont-ils pas redondants ? Et pourquoi célébrer la mort ? n’y a-t-il pas contradiction morbide à ce que les vivants proclament ce qui menace leur vie à plus ou moins brève échéance, c’est-à-dire leur mort à venir en évoquant le douloureux souvenir de chers défunts ? Y aurait-il un message pour les vivants qui restent ?

C’est ce que nous abordons dans le volet 2, dédié à la compréhension du message du requiem.

 

L’armée des 12 sages, Pyrénées orientales, 17 janvier 2066.