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Requiem aeternam, et lux perpetua

“Repos éternel“, “lumière perpétuelle“ . Pourquoi associer “repos“ et “lumière“ ? “Eternité“ et “perpétuité“, ne sont-ils pas redondants ? Et pourquoi célébrer la mort ? n’y a-t-il pas contradiction morbide à ce que les vivants proclament ce qui menace leur vie à plus ou moins brève échéance, c’est-à-dire leur mort à venir en évoquant le douloureux souvenir de chers défunts ? Y aurait-il un message pour les vivants qui restent ?

Il paraît, dans un premier temps, utile et important d’écouter ce que peuvent raconter ces termes en en effectuant « l’archéologie » avant d’en tirer, dans un second temps, un quelconque enseignement.

Interprétation phénoménologique du message du requiem

Que racontent les termes de requiem aeternam, “repos éternel“ ?

  • D’abord, “repos“ : le repos, c’est l’absence de tiraillement, la fin des soucis, la quiétude, la fin de « « l’in-quiétude“ existentielle. Cela rappelle l’ataraxie des stoïciens, littéralement, l’absence de troubles, d’affects pulsionnels, la fin des passions délétères.

  • Ensuite, “éternel“ : est évoqué ici la notion de temps, ou plutôt d’atemporalité, dans le sens d’absence de temps (et non de fin du temps). Nous ne sommes plus dans le temps (temps quantitatif de l’horloge qui passe) mais dans la durée (tant qualitatif d’un événement qui dure, qui se donne à vivre en dehors de toute référence à une époque, à un temps circonscrit par une mesure humaine quelconque). On se transpose dans une autre dimension qui n’est pas celle du monde qui passe mais d’un monde qui dure.

Qu’en est-il de et lux perpetua, “lumière éternelle“ ?

  • “Lumière“ : La lumière représente dans quasi toutes les civilisations, religions et croyances l’esprit divin après ou au-delà la mort, ce n’est pas l’apanage des seuls égyptiens ou chrétiens. Même les athées qui ont vécu ce qu’on appelle des “NDE“ (near death experience: expérience dite du “tunnel de la mort“) – ceux qui se sont sentis mourir puis qui sont revenus à la vie – expliquent qu’ils ont “vus“ une lumière éblouissante qui les “appelaient“ au-delà du tunnel de la mort. D’où la croyance humaine et universelle – mais pas systématiquement religieuse – en un au-delà après la mort.

  • “Perpétuel“ : la notion de perpétuité se différencie de celle d’atemporalité par le fait qu’elle sous-entend la notion de cycle, de quelque chose qui s’installe pour se maintenir, maintenant et pour toujours, à jamais. Cela évoque les cycles planétaires mais aussi ceux de la nature. Les graines, par exemple, s’enracinent dans la pourriture des plantes qui les ont engendrées qui devient leur terreau vital. La vie provient de la mort. Rien ne se perd, rien ne se crée : tout meurt mais tout renaît, en un perpétuel mouvement.

Que nous enseignent Requiem aeternam – et lux perpetua“ ?

 Si l’on transpose symboliquement le message du requiem dans nos existences d’êtres humains (rappelons d’ailleurs que l’étymologie du mot humain vient du latin “humus“ qui signifie terreau), on peut y trouver un enseignement vivifiant. En effet, nous passons notre existence à vivre des “petites morts“, dès la naissance. De fait, naître est le passage (traumatique) d’un état d’être à un autre. Avant sa naissance, le bébé est dans un nid douillet, au chaud, où il n’a à se préoccuper ni de se nourrir, ni de respirer. Au moment de naître, les contractions l’expulsent violemment du ventre de sa mère, l’air brûle ses poumons, il doit se nourrir par lui-même. Le nouveau-né découvre un nouvel état d’être, il vient de vivre sa première “petite mort“. Mais il aussi vécu sa première renaissance, un au-delà après cette première petite mort.

Aussi, quand nous ne parvenons pas à renaître après une petite mort (l’adolescence, une séparation ou le chômage par exemple), nous restons prisonniers dans l’obscurité de l’état antérieur, sans parvenir à évoluer, à nous transformer vers la lumière de l’état postérieur. Nous sommes alors comme des sortes de zombies, des “morts-vivants“ qui vivent à côté de leur existence sans la vivre authentiquement. Nous devons ainsi apprendre à tirer parti de ces états d’être antérieurs pour progresser dans les états d’être postérieurs. Par exemple, savoir tirer parti de ses erreurs, les méditer, c’est les comprendre ; les comprendre c’est éviter de les reproduire, c’est progresser et donc sortir de l’état d’être antérieur, c’est dépasser une nouvelle petite mort et c’est renaître à un autre état d’être.

Requiem, un nom particulier pour un culte universel

Le mot “requiem“ n’est plus l’apanage de la cérémonie funèbre des catholiques. Il est passé dans le langage courant, comme dans la célèbre chanson de Serge Gainsbourg, “Requiem pour un con“. Le culte des morts porte en lui quelque chose d’universel qui s’enchâsse parfois d’une religion à l’autre.

Le 2 novembre de chaque année, au lendemain de la Toussaint, les chrétiens célèbrent la mort de ceux qui ont précédé les vivants. Dans le calendrier, cette fête se cale exactement sur Halloween, fête d’origine celte. Halloween est l’altération de l’expression “All Hallow Even“ qui signifie littéralement la veillée de tous les saints du paradis. Cette fête commémorait pendant 7 jours le changement d’année, appelé Samain en Irlande, en célébrant la mort de l’année écoulée et l’espérance de l’année à venir. C’était également l’occasion d’honorer les morts et d’entrer en contact avec le monde de l’invisible, à une époque de l’année où la sève et le soleil sont au plus bas. Lors du Samain, chaque famille devait éteindre le feu domestique pour faire le noir total. Le rituel nocturne organisé par les druides permettait à chaque famille de récupérer des braises pour une renaissance initiatique du foyer domestique.

Il est intéressant d’indiquer que la Toussaint s’est calée sur la fête d’Halloween au 9° siècle par décision papale, afin de circonvenir les cultes des morts celtiques dits païens qui subsistaient jusqu’alors. Halloween et la Toussaint, célébration collective et conjointe des années qui passent et des anciens qui trépassent, renvoie à notre propre requiem, comme préparation à la célébration individuelle de notre propre mort, rare certitude à laquelle nous pouvons prétendre.

En effet, s’il est une certitude que l’on ait sans conteste ici-bas – acquise dès la prime enfance – c’est que « nous serons tous morts » comme le disait l’économiste anglais Keynes. Dans le volet 3 – « Meurs et deviens« , nous verrons comment vivre avec cette certitude et en faire un ressort de vie.

 

L’armée des 12 sages, Pyrénées orientales, 17 janvier 2066.